Comment la lecture améliore l'oral, et ce qu'elle ne règle pas

Graphique de la progression du vocabulaire en une année scolaire. Les mots reconnus à la lecture ont augmenté d'environ 1 600 familles de mots. Les mots produits avec un indice, d'environ 850. Les mots employés librement à l'écrit n'ont pas progressé de façon mesurable.
Une année scolaire, trois types de vocabulaire. Source : Laufer (1998), Applied Linguistics.

Vous pouvez lire un article de presse en anglais au petit-déjeuner en ratant peut-être un mot sur cinquante. Puis, dans un café de Dublin, vous remarquez qu'il manque une fourchette, le serveur passe à côté de la table, et votre bouche s'ouvre sur du vide.

Fork. Vous l'avez lu des dizaines de fois. Le mot arrive environ quatre secondes après le départ du serveur, à peu près au moment où vous vous rappelez que vous auriez pu simplement le montrer du doigt.

Alors, la lecture améliore-t-elle l'oral ? Oui, et plus que la plupart des cours centrés sur la conversation ne veulent l'admettre. Elle ne fait simplement pas sortir les mots vite, et dans un café, c'est presque tout ce qui compte.

Essayez d'abord la méthode : Générez votre première histoire bilingue

Ce que la lecture apporte vraiment à votre oral

Chaque mot que vous direz un jour en anglais, vous l'avez d'abord rencontré quelque part. Pour la plupart des adultes, la page est l'endroit le plus simple pour en rencontrer beaucoup, parce que c'est vous qui fixez le rythme et que personne n'attend de réponse.

Les résultats les plus surprenants concernent la grammaire. En 1993, Bill VanPatten et Teresa Cadierno ont réparti en deux groupes des étudiants qui apprenaient une structure espagnole difficile. Le premier groupe s'est entraîné à la produire. Le second s'est contenté d'en comprendre le sens dans des phrases lues et entendues, sans jamais la prononcer pendant l'entraînement. Au test de production, le groupe qui n'avait travaillé qu'en compréhension a fait aussi bien que celui qui l'avait répétée.

Une seule structure, une seule étude, et au moins une étude ultérieure a trouvé que l'entraînement à la production faisait mieux. Reste que c'est difficile à concilier avec l'idée qu'on n'apprend à dire une chose qu'en la disant.

Il y a aussi un essai randomisé de 14 semaines mené dans un institut de langues en Iran. Les deux groupes faisaient les mêmes activités orales, et l'un d'eux lisait aussi des livres. Les lecteurs ont fini par parler davantage en classe et par obtenir de meilleurs résultats en grammaire. Pour être juste envers les sceptiques, ils ont aussi passé plus de temps au total avec l'anglais, donc la lecture ne peut pas s'attribuer tout le mérite.

Le résultat le plus brutal vient de Hong Kong, et il concerne l'écrit plutôt que l'oral. Des classes du secondaire ont reçu l'un de trois compléments : un court programme de lecture de huit livres, des exercices d'écriture fréquents ou des maths en plus. Seule l'écriture des lecteurs s'est nettement améliorée. Les classes qui s'entraînaient à écrire n'ont pas fait mieux que celles qui faisaient des maths, ce qui a dû animer la salle des profs.

Stephen Krashen a bâti une bonne partie de sa carrière sur ce genre de résultats. En 1982, il est allé plus loin que les preuves en écrivant que l'aisance à l'oral ne peut pas s'enseigner directement : elle « émerge » avec le temps, d'elle-même. Le Canada testait cette idée, sans l'appeler ainsi, depuis 1965.

Les enfants canadiens qui comprenaient tout

Cette année-là, un groupe de mères anglophones de Saint-Lambert, sur la rive sud de Montréal, a fini par avoir raison de la commission scolaire après deux ans de démarches. Elles ont obtenu une seule classe de maternelle entièrement en français. Vingt-six enfants.

L'idée s'est répandue dans tout le pays. Dans les années 1980, un très grand nombre d'enfants avaient passé l'essentiel de leur scolarité à écouter et à lire une deuxième langue, et pour la compréhension, ça a marché. À la fin du primaire, ceux qui avaient commencé en maternelle obtenaient aux tests d'écoute et de lecture les mêmes résultats que les petits francophones de leur âge.

À l'oral, c'était autre chose. Merrill Swain, de l'Université de Toronto, a constaté qu'ils arrivaient à se faire comprendre tout en restant clairement non natifs, et qu'ils trébuchaient souvent sur une grammaire entendue tous les jours depuis des années. Quand elle a enregistré une journée de classe complète dans dix classes de sixième année, la raison semblait assez simple. L'enseignant parlait la plupart du temps, et les enfants répondaient surtout en quelques mots.

Pour vous, elle les lui a données ne demande aucun effort. Pour un petit anglophone, c'est là que Swain met le doigt sur le problème. À la lecture, le contexte suffit pour comprendre que quelqu'un a donné quelque chose à quelqu'un. L'enfant n'a jamais à décider quel pronom vient en premier ni pourquoi données prend -es. Pour produire la phrase, il doit tout décider, et vite. Swain a appelé la pratique qui manquait « pushed output », la production poussée.

Cela vous rappelle quelque chose ? Si vous avez fait de l'anglais au collège et au lycée, vous avez sans doute eu des années de textes, d'exercices de grammaire et de contrôles, puis le bac, puis découvert à la première vraie conversation que vous en saviez bien plus que vous ne pouviez en dire. Ce n'est pas un défaut personnel. C'est le même schéma que chez les enfants canadiens, à l'envers.

Pourquoi reconnaître un mot ne veut pas dire savoir le dire

Petit test, à voix haute, en anglais : ticket de caisse, emprunter, hausser les épaules, têtu.

À un niveau intermédiaire, la plupart des gens reconnaîtraient les quatre mots anglais dans une histoire et en sortiraient peut-être deux à voix haute, après une pause.

Batia Laufer a mesuré cet écart sérieusement. Ses lycéens israéliens ont passé trois types de tests : reconnaître des mots, les produire quand on leur donnait les premières lettres, et employer spontanément des mots moins courants dans leurs rédactions. Le graphique en haut de l'article compare des élèves de 10e et de 11e année. La reconnaissance a progressé d'environ 1 600 mots, la production avec indice d'environ 850, et l'usage libre pas du tout. (Laufer comptait par familles de mots : read, reader et reading comptent pour un.)

Il s'agissait de rédactions, où l'on peut s'arrêter pour réfléchir. L'oral pardonne moins.

Laufer a comparé deux groupes à un an d'écart plutôt que de suivre les mêmes élèves, et ils étaient en cours ordinaires, pas dans un programme de lecture, donc ne vous fiez pas trop aux chiffres exacts. L'ordre revient pourtant sans cesse dans les recherches suivantes : d'abord la reconnaissance, la production loin derrière.

Pourquoi la vitesse échappe à la lecture

Les chercheurs qui étudient l'apprentissage des savoir-faire constatent sans cesse qu'on progresse surtout dans ce qu'on a entraîné. Devenez bon pour comprendre une structure et vous serez surtout devenu bon pour la comprendre. L'employer est une autre compétence, qui ne progresse qu'en l'employant. La langue est moins stricte là-dessus qu'un revers au tennis, comme le montre le résultat de VanPatten, mais elle l'est assez.

Ce que l'oral ajoute, c'est l'horloge. Il faut trouver le mot et le caser dans une phrase pendant que l'autre attend, et la lecture ne vous demande jamais ça. On devient plus rapide en le faisant, mal au début, un grand nombre de fois.

C'est là que ce blog se sépare de ceux pour qui lire et écouter suffit. « Continuez à lire, ça finira par venir » est un conseil raisonnable si vous avez dix ans devant vous et aucune conversation en vue. La plupart des adultes ont un entretien d'embauche en mars. Si vous ne faites que lire, attendez-vous à comprendre longtemps bien plus que vous ne pouvez dire. Si vous ne faites que parler, vous irez plus vite, surtout avec les mots que vous aviez déjà.

Comment faire passer votre lecture dans votre oral

Pas besoin de professeur particulier. Il faut quelques minutes d'oral juste après la lecture, pendant que l'histoire est encore fraîche.

L'habitude la plus utile est aussi la plus inconfortable. Fermez l'histoire et racontez-la à voix haute en une minute environ, dans une pièce vide. Vous bloquerez presque tout de suite sur un verbe parfaitement compris sur la page. C'est l'écart que décrivait Swain. Relisez, et vous remarquerez les mots manquants au passage.

Choisissez ensuite trois expressions que vous utiliseriez vraiment, des expressions entières plutôt que des mots isolés, et redites-les avant de dormir. Un message vocal à un ami, ça compte. Les marmonner dans l'escalier aussi. To shrug est un bon point de départ.

Si une conversation précise approche, lisez la veille quelque chose qui se passe dans cette situation : une histoire de rendez-vous chez le médecin avant le rendez-vous chez le médecin. Les mots rencontrés récemment reviennent plus vite.

Lire les dialogues à voix haute aide aussi, surtout parce que le dialogue est la partie d'une histoire que les gens disent vraiment.

La prochaine fois, la fourchette aura sans doute encore un temps de retard. Un peu moins si vous avez dit fork à voix haute cette semaine au lieu de seulement le voir. Générez votre première histoire bilingue sur la conversation qui vous inquiète, et racontez-la une fois avant d'y aller.


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